Contexte
Le militant algérien Mohamed Tadjadit, surnommé le ” poète du Hirak ” durant le mouvement prodémocratique de 2019 qui avait conduit à la démission du Président Abdelaziz Bouteflika, a été condamné à cinq ans de prison ferme pour des publications et des poèmes critiquant le pouvoir.
Tadjadit était connu en Algérie pour ses récitations publiques de poésie durant les manifestations, et est convoqué à une audience le 30 novembre 2025 avec 12 autres militants, y compris le lanceur d’alerte et ancien membre de l’armée Mohamed Benhlima et Mohamed Abdellah, ainsi que les militants du Hirak Malik Riahi, Noureddine Khimoud, Souheib Debbaghi, Ahmed Tarek Debbaghi, Mustapha Guira et Sofiane Rebai – tous accusés de ” complot en vue d’inciter les citoyens contre l’autorité de l’Etat et de porter atteinte à l’unité nationale », une accusation pénale possible de peines d’emprisonnement ou de la peine de mort en vertu des articles 77 paragraphe 1, 78 et 79 du Code pénal.
Détention arbitraire, procédure judiciaire accélérée
Depuis les manifestations du Hirak en 2019, Mohamed Tadjadit a été confronte à près de dix affaires judiciaires, passant les six dernières années entre la prison et la liberté, contraint de faire face a des procédures judiciaires biaisées et accélerées, ainsi qu’a une détention provisoire arbitraire.
Ces actions s’inscrivent dans le cadre d’une répression plus large menée par le gouvernement algérien à l’encontre des dissidents pacifiques, à travers l’arrestation, la détention et la condamnation d’activistes, de journalistes et de critiques exprimant leur opposition aux politiques du gouvernement ou d’autres opinions critiques envers les autorités.
L’utilisation de charges liées au terrorisme, formulées de manière vague, pour poursuivre des manifestants pacifiques et des critiques du gouvernement est devenue un outil courant pour réprimer l’exercice des droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique.
Le schéma des accusations de terrorisme et de << atteinte / publications nuisibles à l'intêret national >> se retrouve dans l'historique des arrestations de Tadjadit depuis 2019.
– Affaire 1 – Arrestation de novembre 2019
- Accusations : « Publications nuisibles à l’intérêt national » (art. 96)
- Condamné à 18 mois
- Gracié en janvier 2020
- Peine ensuite réduite à une peine avec sursis
- Accusations : « Incitation à un rassemblement non armé », « Atteinte à l’intérêt national»
- Condamné en janvier 2021 à 6 mois (dont 2 avec sursis)
- Libéré (peine purgée)
- Arrestation n°1 – 2021 (date variable selon les sources) ° Liée a son activité sur les réseaux sociaux et au Hirak ° Accusations similaires aux affaires précédentes (art. 96, 100)
- Arrestation n°2 – 2021 ° Autre arrestation de courte durée, liée au même schéma répressif
- Accusations : « Publications nuisibles à l’intérêt national»
- Condamné à 2 ans, peine réduite à 16 mois
- Libéré en Août 2022
- Accusations : « Diffusion d’informations trompeuses », « Contenu nuisible à l’intérêt national », « Incitation à un rassemblement non armé »
- Libéré sous caution le 6 novembre 2022
- Le mandat de dépôt est annulé
- 2 janvier 2023 ➔ Libéré provisoirement.
- 4 avril 2023 ➔ Accusations : Art. 96, Art. 100
- 20 août 2023 ➔ Détention brève ; libération rapide.
- Accusations : « Apologie du terrorisme » (art. 87 bis 4), « Utilisation des TIC pour soutenir des organisations terroristes » (art. 87 bis 12)
- Environ 9 mois de détention provisoire
- Libéré via une grâce présidentielle (novembre 2024)
- Accusations : Art. 96 (atteinte à l’intérêt national), Art. 79 (atteinte à l’unité nationale), Art. 146 (outrage à un corps constitué)
- Procédure accélérée ➔ 5 ans de prison
- Peine réduite à 1 an en appel (mai 2025)
- Affaire collective impliquant 13 personnes
Selon Amnesty International, l’Algérie n’a pas procédé à des exécutions depuis 1993. Le pays a toutefois déja condamné des dissidents à mort lors de procès inéquitables et n’a pas encore aboli la peine de mort ni signé le Deuxieme Protocole Facultatif au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, visant a l’abolition de la peine de mort.
La pérsecution et le harcélement judiciaire continus dont est victime Tadjadit, ainsi que l’emprisonnement d’autres manifestants et prisonniers d’opinion, constituent une grave violation des obligations de l’Algérie au regard du droit international des droits humains.
