Contexte

Au cours de la période qui a suivi la longue et éprouvante guerre civile qui a duré des décennies, le Liban a eu du mal à faire face aux violences de son passé. L’instabilité politique persistante et l’absence de justice transitionnelle ont ouvert la voie à ce que Iosif Kovras a décrit comme un « silence institutionnel ».

Le Liban a été marqué par un conflit dévastateur de quinze années, au cours duquel près de 17 000 personnes ont disparu ou sont encore portées manquantes. La guerre civile, qui s’est déroulée entre 1975 et 1990, a été marquée par des disparitions forcées à grande échelle, les civils étant pris pour cible et enlevés à des points de contrôle, dans les rues ou à leur domicile. Le mouvement des familles organisées pour réclamer justice se poursuit activement.

Période de la guerre civile

De nombreuses milices, puissances étrangères et forces supplétives impliquées dans la guerre civile ont eu recours aux disparitions forcées comme outil de répression, différents groupes prenant pour cible des individus pour des motifs allant de leur identité nationale ou religieuse à leur engagement politique.
De nombreuses personnes victimes de disparition forcée durant le conflit appartiennent à trois catégories, telles que définies par Lynn Maalouf:

  • Des individus enlevés par des milices libanaises ou palestiniennes, des services de sécurité ou l’armée libanaise
  • Des individus arrêtés par l’armée syrienne ou ses alliés locaux.
  • Des individus enlevés par l’armée israélienne ou par son allié, l’Armée du Liban Sud.
Chaque cas a donné lieu à des revendications et à des stratégies de plaidoyer différentes de la part des proches, ce qui a rendu l’unification des efforts difficile et complexe.

Progrès juridiques

Dans le but de répondre à cette situation, le Liban a signé la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées le 6 février 2007, sans toutefois l’avoir encore ratifiée. Le Parlement libanais a par la suite adopté la loi n° 105/2018 relative aux personnes disparues et victimes de disparition forcée. Une grande partie des progrès réalisés est le résultat de la pression exercée par des organisations de base, dont les actions ont été soutenues par le Centre international pour la justice transitionnelle (ICTJ).
À la suite de leurs efforts, le 4 mars 2014, le Conseil d’État libanais, connu sous le nom de Conseil de la Choura, a annulé une décision antérieure qui refusait aux familles des disparus l’accès aux documents des enquêtes ; cette décision a également reconnu, pour la première fois dans le droit libanais, « le droit de savoir » la vérité.