Contexte
Depuis la chute du régime de Kadhafi en 2011 puis l’émergence d’administrations rivales en 2014, la Libye est plongée dans une profonde instabilité, tandis que les disparitions forcées se sont imposées comme une pratique à la fois répandue et systémique dans l’ensemble du pays.
Depuis 2014, la Libye est contrôlé par deux gouvernements distincts: le Gouvernement d’union nationale (GNU), reconnu par l’ONU et basé à Tripoli, et le Gouvernement de stabilité nationale (GNS), installé à Benghazi. Des violations graves des droits humains ont été documentées sous les deux administrations, suscitant l’inquiétude de la communauté internationale. Les acteurs politiques et les opposants, les journalistes, les défenseurs des droits humains, les militants, les fonctionnaires ainsi que les citoyens ordinaires sont continuellement pris pour cible.
Des fosses communes découvertes
En juin 2025, des dizaines de corps ont été découverts dans des sites de détention officiels et non officiels, accompagnés d’instruments de torture et de maltraitance ainsi que de preuves d’exécutions extrajudiciaires, selon le Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Turk.
Un groupe armé affilié au régime de Haftar à Tripoli, l’Appareil de soutien à la stabilisation (SSA), était responsable des sites ou les corps ont été découverts. Ces lieux étaient depuis longtemps soupçonnés par la Mission de soutien des Nations Unies en Libye d’être des sites de disparitions forcées et de torture. Plus de 80 corps ont été découverts. Dix corps brûlés ont été découverts au siège de l’SSA, 67 autres dans les hôpitaux d’Abu Salim et d’AI Khadra, tous conserves dans des réfrigérateurs et dans divers états de décomposition, et une fosse supplémentaire a été découverte au zoo de Tripoli, également géré par l’SSA.
Les migrants: particulièrement vulnérables
Dans une découverte distincte en février 2025, deux fosses communes ont révélé plus de 100 victimes, dont beaucoup étaient des migrants, particulièrement vulnérables à la traite des humains, aux disparitions forcées et aux exécutions en Libye. Certains corps portaient des blessures par balle. En 2024, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a recensé plus de 1 000 décès et disparitions de migrants dans le pays. La Libye reste l’une des routes les plus dangereuses pour les migrants sur le continent.
Déclaration du représentant spécial du secrétaire général pour la Libye
Le 30 août, à l’occasion de la Journée internationale des victimes de disparitions forcées, la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL) a publié une déclaration exprimant son inquiétude face à la situation dans le pays et appelant toutes les autorités libyennes à :
- Mettre fin aux disparitions forcées et aux détentions arbitraires, et signer la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées ainsi que le Protocole facultatif à la Convention contre la torture.
- Révéler le sort et le lieu de détention de toutes les Personnes disparues en créant une Commission nationale pour les personnes disparues et un Mécanisme national de prévention
- Assurer la responsabilité des auteurs de ces crimes, notamment par la coopération avec la Cour pénale internationale et les mécanismes des Nations Unies, et fournir aux victimes et à leurs familles des réparations, une indemnisation, un soutien psychosocial et des actions de commémoration.
- Adopter des mesures complètes de justice transitionnelle, y compris une loi consensuelle visant à traiter le dossier des disparitions forcées et les détentions arbitraires, dans le cadre d’efforts plus larges pour réparer les violations passées.
