LES FAMILLES SONT AUSSI DES VICTIMES

Contexte

Le droit international reconnait explicitement aux familles des victimes le droit fondamental à la verité: elles ont le droit inaliénable de savoir ce qui est réellement arrive a leurs proches disparus. Ce droit a la vérite est un principe clé inscrit dans plusieurs instruments internationaux de protectiion des droits de l’Homme, notamment dans les conventions relatives aux disparitions forcées et aux violations graves des droits fondamentaux.
Dans le contexte des disparitions forcées, ce droit dépasse la simple recherche d’informations. II s’agit d’un imperatif moral et juridique qui concerne non seulement la personne disparue, mais également ses proches. En outre, les familles de disparus ont le droit de connaître la vérite sur les circonstances de la disparition de leur proche, sur le sort qui lui a été reservé ainsi que sur les responsabilités des auteurs de ces actes. Cette reconnaissance de la vérité est essentielle pour leur permettre de faire le deuil, de reconstruire leur vie et d’obtenir justice.
Par ailleurs, le droit à la vérité engage l’Etat à mener des enquêtes sérieuses, approfondies et transparentes, et à garantir l’accès des familles à toutes les informations pertinentes, y compris aux archives officielles et aux preuves médico-légales. Ce droit ne connait aucune prescription : l’Etat a l’obligation continue de rechercher, révéler et transmettre la vérité, sans limite de temps, jusqu’à ce que justice soit rendue.

Cadre legal

1. Résolution 9/11 du Conseil des droits de l’Homme (2008):

La Résolution 9/11 du Conseil des droits de l’Homme, adoptée en 2008, marque une étape importante dans la reconnaissance internationale du droit à la vérité, en particulier dans le cadre des violations graves des droits humains telles que les disparitions forcées. Bien qu’elle soit un instrument non contraignant, cette résolution joue un rôle crucial en affirmant ce droit comme autonome et indispensable à la protection des victimes et de leurs familles.
La résolution reconnait explicitement que les familles des victimes ont le droit inaliénable d’acceder à toutes les informations disponibles concernant les violations graves, incluant notamment les cas de disparitions forcées. Ce droit à l’information constitue un élément fondamental non seulement pour la justice, mais aussi pour la préservation de la mémoire collective et la construction de la réconciliation sociale.
Elle souligne que le droit à la vérité va au-delà d’une simple démarche juridique : il s’inscrit dans un processus global de réparation morale, de reconnaissance des souffrances subies, et de lutte contre l’impunité.

2. Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées (2006)

L’Article 24 de la Convention internationale de 2006, qui a force obligatoire pour les Etats parties, consacre explicitement le droit fondamental à la vérité. Ce droit est essentiel pour garantir la justice, la réparation et la mémoire des victimes.
Ainsi, les proches des personnes disparues ont le droit inaliénable de connaitre le sort de leur être cher ainsi que les circonstances exactes ayant conduit à la disparition. Cet accès à l’information est une condition sine qua non pour assurer la dignité des victimes et prévenir l’impunité.
Par ailleurs, l’Etat a l’obligation impérative d’informer regulierement les familles de l’avancée des investigations ainsi que des resultats obtenus, dans un souci de transparence et de respect.
II est important de souligner que ce droit à la vérité est perpétuel : il ne s’éteint jamais, même après de nombreuses années, et demeure un levier essentiel pour la réparation morale et la reconnaissance des souffrances endurées.

3. Rapport du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme (A/HRC/15/26, 2010)

Ce rapport offre une analyse approfondie et essentielle du droit fondamental à la vérité, un pilier indispensable pour la justice et la réparation des victimes. II souligne avec force que les familles des victimes ont un droit inaliénable à un accès complet et transparent aux archives officielles, ainsi qu’aux preuves médico-légales cruciales telles que les autopsies et les analyses ADN, qui sont souvent déterminantes pour comprendre le sort de leurs proches disparus.
Le rapport insiste également sur la responsabilité ininterrompue de l’Etat : celui­-ci doit s’engager dans une recherche constante et diligente de la vérité, en assurant la transmission de toutes les informations pertinentes, sans aucune restriction temporelle. Ce devoir permanent est indispensable pour garantir que la vérité ne soit jamais occultée, que les violations des droits humains ne restent pas impunies, et que les familles puissent enfin accéder à la justice et à la réparation.
En somme, ce rapport réaffirme que le droit à la vérité est un droit continu, complet et inconditionnel, fondamental pour la dignité humaine, la mémoire collective., et la construction d’un avenir démocratique respectueux des droits de chacun.